Après 30 ans d'occupation, les guides de Naninne expulsées de leur local: le loyer demandé est "impayable pour un mouvement de jeunesse"
Jusqu'à peu, l'occupation de leur local était gratuite. Mais le nouveau propriétaire impose aux guides de payer un loyer. Ou de dégager.

- Publié le 30-09-2026 à 17h02
- Mis à jour le 07-10-2026 à 15h37

Dans le centre de Naninne, c'est un bâtiment qu'on ne peut pas louper. Derrière ses murs de pierres et ses fenêtres cintrées, se sont déroulées 30 années de scoutisme, des centaines d'histoires racontées, de cantiques chantés, d'aventures partagées.
À l'origine, ce bâtiment appartenait à une famille notable de Naninne. Il a été cédé en 1972 à bas prix à la fabrique d'église locale, l'ASBL Œuvres paroissiales Saint-Lambert.
Une ristourne concédée par cette famille à une seule condition: le bâtiment devait profiter à la jeunesse du village, à l'époque le patro et le club des jeunes.
Finalement, dans les années nonante, ce sont les guides catholiques qui ont pris possession des lieux. Et s'y sont développées, avec 150 membres aujourd'hui.
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Jusqu'en 2024, malgré la vétusté du local, tout allait bien pour les guides. "Seulement, en 2024, l'ASBL Saint-Lambert, soit la fabrique d'église, a été dissoute et le bâtiment est passé dans les mains de l'ASBL Patrimoine du Doyenné de Jambes", détaille Cindy Adam, cheffe d'unité.
Un loyer impayable
Changement de mains, changement de ton. L'ASBL jamboise, présidée par le chanoine Bruno Dekrem et gérée par Jean Goffinet, établit en novembre 2025 un contrat d'occupation avec les guides catholiques de Belgique. Une initiative vue d'un bon œil par toutes les parties. Un bon esprit règne, mais pas pour l'éternité.
Car le propriétaire exige un loyer de 350 € par mois et une obligation de remise en état des lieux. "C'est impayable pour un mouvement de jeunesse, on ne peut pas sortir une telle somme, souligne Cindy Adam, on leur a proposé 100 € par mois, le loyer maximal que nous pouvons payer."
Cette proposition, formulée il y a un an, s'est heurtée à un silence de cathédrale. Les seules missives envoyées depuis lors par l'association de gestion des biens paroissiaux à l'unité guide sont signées du sceau d'un cabinet d'avocat.
Expulsion programmée cet hiver
Le dernier épisode est le plus douloureux pour l'unité guide: une énième lettre d'avocat avec cette fois un avis d'expulsion. Elle stipule qu'à défaut de signer le contrat proposé, soit un loyer de 350 € et une remise en état, les Guides de Naninne devront quitter les lieux d'ici le 31 janvier.
Les guides de Naninne, désemparées, ont tenté à de très nombreuses reprises de reprendre contact avec Jean Goffinet et Bruno Dekrem, notamment via le service juridique de la Fédération des guides de Belgique. Elles ont même contacté le nouvel évêque, Fabien Lejeusne. Le silence, toujours. "La Fédération a demandé des précisions sur les termes du contrat proposé par l'ASBL Patrimoine du doyenné de Jambes, ils n'ont même pas eu de retour."
Ce silence interroge les locataires. D'autant plus que le président de l'ASBL, le chanoine Bruno Dekrem, est sensibilisé à la cause scoute, en tant qu'aumônier de l'unité voisine, Jambes-Montagne.
L'échevin namurois Tanguy Auspert, en charge des Bâtiments, a tenté de jouer le rôle de médiateur, assurent les guides catholiques. En vain. Dans l'état actuel des finances communales, le rachat du bâtiment ne peut être envisagé.
"Nous sommes à la recherche d'autres solutions pour l'unité guide, qui sont sur le point d'être finalisées" conclut l'échevin namurois, qui a pris le dossier à bras-le-corps.
Nous avons tenté à de nombreuses reprises de joindre les responsables de l'ASBL Patrimoine du Doyenné de Jambes. Et ce, pour en savoir plus sur la destination du local guide. Même traitement pour nous : un silence de cathédrale.
Un air de déjà-vu
Patrimoine du Doyenné de Jambes a déjà éprouvé la méthode précitée avec les scouts de Lustin et leur local, connu sous le nom Notre Maison. En dernier recours, la Commune de Profondeville a finalement racheté le bâtiment pour éviter l'expulsion. A noter que la moitié de la somme perçue par l'asbl Patrimoine du Doyenné de Jambes a été offerte aux scouts de Lustin pour la rénovation de la toiture.
En 2018, la même association de gestion des biens du doyenné a assigné un curé et les membres d'une Fabrique d'église en justice de paix. Et ce, pour récupérer l'usage d'une salle paroissiale. Le juge a reconnu la légitimité du titre de propriété de l'association jamboise. Aujourd'hui, la salle paroissiale est gérée sous forme de prêt à usage par "Les Compagnons du Buley".
Plus récemment, c'est le théâtre wallon de Naninne qui a pris la porte. Il répétait dans la salle des Échos, située en face du local guide et gérée elle aussi par la Fabrique d'église Saint-Lambert de Naninne, avant sa dissolution en 2024.
Une fois entre les mains de l'association Patrimoine du doyenné de Jambes, la salle a été vendue à un voisin. Contrairement à ce que nous avions précédemment écrit, il y a eu une annonce publique via une agence immobilière. Le nouveau propriétaire, un privé, n'a pas trouvé d'accord avec le théatre wallon naninnois. É Voye.
