Arrestations administratives ou judiciaires lors des manifestations estudiantines en Belgique : quelle différence ?
En marge des manifestations estudiantines organisées en ce début octobre 2026 à Liège, Charleroi, Arlon ou Hannut, plusieurs dizaines de jeunes ont été privés de liberté après des violences ou des débordements. Mais entre arrestation administrative et arrestation judiciaire, les règles et les objectifs diffèrent. On vous explique.

- Publié le 06-10-2026 à 11h33
- Mis à jour le 07-10-2026 à 11h46

Depuis plusieurs jours, les arrestations administratives et judiciaires se multiplient en marge des manifestations estudiantines en Belgique. À Liège, Charleroi, ou encore Arlon, des dizaines de jeunes ont été privés de liberté. Mais ces deux types d'arrestation ne recouvrent pas la même réalité.
"Nécessaire au maintien ou au rétablissement de l'ordre public"
"L'arrestation administrative et l'arrestation judiciaire n'ont pas le même objet", rappelle l'avocat pénaliste Alexandre Wilmotte. La première est "une mesure de police qui peut être décidée en cas d'absolue nécessité, lorsque cela s'avère nécessaire au maintien ou au rétablissement de l'ordre public".
Lors d'une manifestation, "quelqu'un peut par exemple être privé temporairement de liberté parce que son comportement crée un trouble à l'ordre public, indépendamment de la question de savoir s'il sera ensuite poursuivi pour une infraction".
"Elle ne peut en principe durer que le temps nécessaire et au maximum 12 heures", ajoute Me Wilmotte.
"Une arrestation judiciaire s'inscrit dans une enquête pénale"
L'arrestation judiciaire, elle, intervient lorsqu'une personne est soupçonnée d'avoir commis une infraction "et s'inscrit donc dans une enquête pénale".
"La privation de liberté peut alors durer jusqu'à 48 heures avant qu'une décision judiciaire concernant notamment une éventuelle détention préventive doive intervenir."
"Il est d'ailleurs possible qu'une même personne soit d'abord interpellée dans le cadre du maintien de l'ordre puis fasse l'objet d'une procédure judiciaire si des éléments permettent de la soupçonner personnellement d'avoir commis des violences ou des dégradations", précise l'avocat.
À Liège, depuis le 1er octobre 2026, le parquet comptabilise 33 arrestations administratives et 20 arrestations judiciaires, dont 17 mineurs. Treize personnes ont été déférées au palais de Justice et 22 policiers liégeois ont été blessés ce lundi 5 octobre.
Un jeune interpellé après des appels sur des réseaux sociaux
Les investigations se poursuivent, notamment sur les réseaux sociaux. Ce mardi 6 octobre, un jeune de 13 ans a été privé de liberté après avoir diffusé des appels invitant à venir avec des bidons d'essence pour incendier un établissement scolaire.
Ailleurs, 49 personnes, dont 42 mineurs, ont été arrêtées administrativement à Charleroi vendredi. À Arlon, une quinzaine d'interpellations administratives ont eu lieu lundi. À Hannut, un adolescent a, lui, fait l'objet d'une arrestation judiciaire lundi après des incidents ayant blessé une dizaine d'enfants de la section primaire de l'athénée royal après avoir lancé un engin pyrotechnique dans la cour de récréation où ils se trouvaient.
La grande majorité des élèves ayant pris part aux manifestations n'est impliquée dans aucun comportement répréhensible, a tenu à rappeler le parquet de Liège. Les poursuites visent exclusivement les personnes soupçonnées d'avoir participé à des infractions pénales. Si le droit de grève et la liberté de manifester constituent des droits fondamentaux, cela ne justifie pas violences, dégradations ou atteintes à l'intégrité des personnes et des biens.
La sanction pénale dépendra de la nature des dégradations, des biens qui ont été visés, de l'importance des dommages causés et des circonstances dans lesquelles les faits ont été commis.
Les majeurs impliqués dans les débordements pourraient faire l'objet d'un mandat d'arrêt voire d'une citation accélérée devant le tribunal correctionnel. Les mineurs pourraient quant à eux êtres placés en IPPJ (institution publique de la protection de la jeunesse), en fonction de la gravité des actes commis.
