Le délitement de la sécurité sociale, acte 3 ? Pour assainir le budget fédéral, Bart De Wever mise sur les soins de santé
Après l'assurance chômage et les pensions, les soins de santé sont dans le viseur de Bart De Wever et son gouvernement. Mais à qui profite cette politique de délitement du modèle de sécurité sociale à la belge ? Tentative de réponse.

- Publié le 05-10-2026 à 18h52
- Mis à jour le 05-10-2026 à 20h08

Dans son opération de démantèlement progressif de l'État social belge, le gouvernement Arizona va-t-il poser les jalons d'une nouvelle étape majeure ? Dans le viseur de Bart De Wever (N-VA), cette fois, l'on retrouve les soins de santé.
"C'est très clair" qu'il y a "des efforts qu'il est légitime de souhaiter faire", concédait dimanche soir Maxime Prévot, le vice-Premier Les Engagés, au micro de RTL. "Mais pas dans les proportions que l'on retrouve actuellement sur la table, ça va trop loin".
Selon nos confrères de La Libre, ce sont à ce stade quelque 4 milliards d'euros que Bart De Wever proposerait ainsi d'économiser dans ce secteur, lequel pèse un peu plus de 46 milliards dans le budget actuel de l'État fédéral. Le Bureau fédéral du Plan (BFP) avait quant à lui estimé le coût réel des dépenses de soins de santé à 37,7 milliards € pour 2025 (6 % du PIB).
Le système de redistribution des ressources au cœur des réformes de l'Arizona
Parmi les pistes évoquées, figurerait notamment la régionalisation des mutuelles, "une manière de préparer à terme la scission des soins de santé", écrit encore La Libre, citant une source anonyme interne aux discussions.
Après le chômage et les pensions, il s'agit là du troisième pilier de notre modèle de sécurité sociale qui se retrouve ainsi visé par une volonté de réduction drastique des dépenses.
Depuis la mise en place du gouvernement Arizona au début de l'année 2025, plusieurs réformes ont ainsi déjà largement entamé ce système de redistribution des ressources. Or, qui dit redistribution, dit transfert de ces mêmes ressources.
Des réformes communautaires qui n'en ont pas le nom
Dans une étude portant sur les flux financiers interrégionaux et réalisée en 2024 pour le compte du gouvernement flamand, les économistes Willem Sas (KU Leuven, University of Stirling) et Tom Truyts (KU Leuven, UCLouvain) avaient notamment souligné que si la Flandre (1,409 milliard € en 2023) et Bruxelles-Capitale (1,750 milliard €) étaient contributrices de la sécurité sociale, la Wallonie, elle, apparaissait largement bénéficiaire de ces flux (3,159 milliards €).
Cette scission de la sécurité sociale – et de tout ce qu'elle englobe – est une vieille revendication du mouvement flamand ayant connu une première étape en 2014, avec la sixième et actuellement dernière réforme de l'État. À cette époque, la gestion des allocations familiales avait été transférée aux Régions.
Il n'est donc pas surprenant de voir un gouvernement piloté par un Premier ministre issu d'un parti nationaliste flamand poursuivre la réflexion en ce sens et activer les différents leviers censés permettre à la Flandre de gagner en autonomie.
Chômage : une capacité d'absorption plus grande en Flandre
La limitation dans le temps des allocations de chômage, au-delà de sa nécessité reconnue et partagée de part et d'autre de la frontière linguistique, allait déjà dans ce même sens. Si l'on ne parle pas à ce stade de scission pour cet autre pilier de la sécurité sociale, la réforme adoptée le 18 juillet 2025 devrait offrir une bulle d'oxygène plus importante au Nord du pays.
La Flandre enregistre ainsi au premier trimestre 2026 un taux de chômage (4,4 %) moins élevé que celui observé en Wallonie (7,5 %) et à Bruxelles (13,4 %). Ces différences sont de plus marquantes que la Flandre accueille une large part (65,5 %) des emplois salariés vacants en Belgique (22,26 % en Wallonie et 12,18 % à Bruxelles). Le taux de vacance d'emploi reste ainsi plus élevé en Région flamande (3,65 %) qu'en Région wallonne (2,73 %) et qu'en Région de Bruxelles-Capitale (2,66 %).
Cette disparité régionale risque dès lors de peser plus lourdement sur les finances du sud du pays, en raison principalement du transfert aux Régions (via les CPAS) de la prise en charge financière (via l'aide sociale) des exclus du chômage.
Pensions : une menace croissante en Wallonie et à Bruxelles
La réforme des pensions, adoptée, elle, le 28 mai 2026, soulève également cette idée de politique menée au niveau fédéral qui serait à l'avantage de la Flandre.
Les modifications du calcul servant à déterminer le montant des pensions (sur une carrière complète désormais) risquent de peser plus lourd sur les retraites des Wallons et des Bruxellois, plus exposés aux risques de chômage donc que leurs voisins du nord.
À cela, s'ajoute l'idée d'une réforme menée en prévision de changements démographiques majeurs qui risquent de bousculer le modèle actuel. En effet, si la Flandre observe historiquement un vieillissement de sa population, bénéficiant d'ailleurs pour ce poste spécifique des flux interrégionaux, l'évolution récente des taux de natalité dans les différentes Régions du pays laisse penser que Bruxelles (- 6,2 %) et la Wallonie (- 7,3 %) risquent d'être plus rapidement que la Flandre (- 1,6 %) confrontés à un déséquilibre majeur entre le nombre d'actifs capables de financer le modèle et le nombre de retraités. En d'autres termes : sans réforme, la facture à payer pour l'État aurait été sans doute bien plus lourde dans les années à venir, avec une inversion des réalités entre la Flandre, actuellement plus "vieille", et les deux autres Régions, actuellement plus "jeunes".
