Fortis vendue, les petits actionnaires ont perdu
Les débats ont été vifs, parfois violents. Mais au final, Fortis Banque passe sous pavillon français. Récit d'une journée à rebondissements.

- Publié le 29-04-2009 à 06h00

Le débat promettait d'être tendu. Il a tenu toutes ses promesses : tension, agitation, insultes et violence, tant verbale que physique, sont venues émailler l'assemblée générale de Fortis qui se tenait hier au Flanders Expo de Gand.
D'un côté, cinq hommes, assis derrière une table, perchés sur une tribune, sous le feu des projecteurs et des caméras. De l'autre, 3 300 actionnaires et leurs représentants, prêts à en découdre.
Car si le résultat positif du vote semblait acquis depuis plusieurs jours, beaucoup, surtout dans le camp du gouvernement et de Fortis Holding, redoutaient que l'avocat Mischaël Modrikamen et l'associé chez Deminor, Pierre Nothomb, abattent leurs (presque) dernières cartes.
Et c'est bel et bien ce qui s'est passé. Lundi, sur le coup de 22 heures, les deux hommes ont saisi la Justice en extrême urgence. Objectif : empêcher certains (gros) actionnaires de voter le lendemain.
Au final, le tribunal de commerce de Bruxelles, siégeant en référé, a déclaré irrecevable leur demande. Pas de quoi, cependant, décourager les opposants au mariage de BNP Paribas avec Fortis d'avoir lieu.
Lancer de chaussures
Six heures durant, ils ont mené la vie dure au conseil d'administration (CA) de Fortis. Dure et violente, à tel point qu'à deux reprises, la séance a dû être interrompue en raison de l'hostilité de certains actionnaires regroupés au pied de la tribune, à quelques mètres des représentants de Fortis. Sifflets, cris et même quelques journaux et chaussures ont été lancés à leur encontre.
L'objet du litige : le fait que les actionnaires qui ont acheté des actions depuis octobre 2008 puissent voter. Pour Me Modrikamen et ses partisans, il s'agit là d'une manoeuvre de plus de la part des autorités pour s'assurer du résultat final positif du vote.
Une mesure "illégale" selon l'avocat qui, code de droit économique sous le bras, réclamait ni plus ni moins que l'ajournement de la séance, le temps que la Justice tranche sur sa légalité.
Imperturbable, le président du CA, Jozef De Mey, a tenu bon. Pas question de repousser une nouvelle fois la décision. Au pire, ce sera à la Justice, après coup, à se prononcer. Une ténacité qui a ravivé encore un peu plus la colère des actionnaires entrecoupant leurs huées de " vendus, pourris ou démission ".
Sur le coup de 16 h 30, lassé par le flot de questions, le président entame le bras de fer final. Il ordonne le vote. Me Modrikamen abat sa dernière carte. Il invite ses partisans à ne pas prendre part au vote. Il sait qu'il a perdu.
Quelques minutes plus tard, le verdict tombe, implacable, Fortis Banque Belgique passe sous le contrôle de BNP Paribas.
