La petite enfance en colère contre l'ONE
La colère monte dans les crèches. En cause, la menace qui plane sur les structures non-subventionnées. "Une volonté politique" accusent les professionnels.

- Publié le 18-05-2009 à 06h00

En 2010 , un enfant sur trois entre 0 et 3 ans devra pouvoir bénéficier d'une place au sein d'une structure d'accueil de la petite enfance. Il s'agit là d'une directive européenne. Or, actuellement en Communauté française, ce taux s'élève à 24 %, quand il atteint 50 % chez nos voisins français.
1. Pénurie Le constat est vite dressé. Et il n'est certainement pas neuf : la partie francophone du pays manque cruellement de crèches. " Au moins 10 000" affirme Bernard Kottong, président de la Fédération des associations d'accueillantes de jeunes enfants (Fedaje) et organisateur d'une table ronde avec les différents partis à la veille des élections. On est loin donc de l'enthousiasme de Catherine Fonck, ministre de l'Enfance à la Communauté française, qui se targue d'avoir créé 8 000 crèches au cours de la législature qui prend fin.
2. Menaces Un deuxième constat vient briser net la joie ministérielle. En plus du manque de places, une partie de celles qui existent est en danger. Il ressort en effet d'une étude menée pour le compte de l'Office de la Naissance et de l'Enfance (ONE) et qui sera bientôt dévoilée que 60 % des crèches établies sous le statut d'ASBL sont en déficit et donc menacées. Pour les SPRL, ce chiffre grimpe à 80 %.
3. Explication La raison de cette mauvaise santé financière, selon le président de la Fedaje, n'est pas à chercher bien loin. " L'étude montre que les modifications des normes de commission paritaire mettent en danger les structures d'accueil d'enfants". Les puéricultrices sont devenues impayables pour les structures privées financées quasi exclusivement par la quote-part des parents.
Une situation qui ne fait que refléter une " volonté clairement politique" selon M. Kottong. " Certains considèrent que la prise en charge des enfants doit relever du domaine public ." Exclusivement. Une volonté que le gouvernement sortant a voulu matérialiser en "regroupant toutes les structures sous la coupole de l'ONE ." Une mauvaise idée pour M. Kottong qui insiste : "Il faut sortir de ce clivage".
4. Menaces Et cela sans tarder insiste la Fedaje. D'abord parce que la pénurie ne fera que s'aggraver. Celle-ci atteint 10 000 places, " soit un budget de 200 millions € que les pouvoirs publics ne vont pas pouvoir assumer" prévient M. Kottong. Mais par contre, si les puéricultrices actuelles sont licenciées, il faudra bien les aider. Or un chômeur coûte 30 000 € aux pouvoirs publics. Ce qu'on retire aujourd'hui d'un côté, il faudra bien le financer d'un autre côté demain.
Deuxième menace, les structures clandestines. Des sites sur internet proposent déjà des services de gardiennage. D'autres solutions (recours à une étudiante par exemple) existent aussi. Avec tous les risques que cela comporte.
Pour la Fedaje, il y a urgence. Mais pour arriver à des résultats, il faut un débat constructif. Et surtout dépasser les clivages. Sinon ? " On va droit dans le mur" prévient Bernard Kottong.
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