Cancer du poumon : un dépistage de tous les ex-fumeurs en Belgique ? Une fausse bonne idée
Le dépistage du cancer du poumon présente à la fois des avantages et des inconvénients considérables. Il peut se révéler "coût-efficace" si les autorités belges sont prêtes à débourser un montant de plus de 20 000 € pour le gain d'une année de vie en bonne santé.

- Publié le 18-04-2024 à 00h01
- Mis à jour le 18-04-2024 à 07h53

Et si on dépistait toutes les personnes à risque pour le cancer du poumon, pour un diagnostic précoce et un meilleur pronostic ? Lancée comme ça, l'idée semble plutôt bonne. C'est pourquoi le centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a été chargé d'une évaluation approfondie d'un dépistage tomodensitométrie à faible dose (LDCT) chez les (ex-) fumeurs présentant un risque élevé de cancer du poumon. Il fallait déterminer son efficacité, sa sécurité et son rapport coût-efficacité.
La tomodensitométrie à faible dose, c'est quoi ?
La tomodensitométrie à faible dose (LDCT) est une technique d'imagerie médicale qui crée des coupes transversales détaillées du corps à l'aide de rayons X.
La LDCT utilise une dose de radiation plus faible qu'une tomodensitométrie standard. Le patient est donc moins exposé aux radiations nocives, tandis que la qualité de l'image reste suffisamment élevée pour permettre la détection d'une tumeur. Le dépistage du cancer du poumon repose sur une LDCT du thorax.
Que dit l'étude du KCE ?

L'étude du KCE confirme que le dépistage du cancer du poumon permet effectivement d'abaisser la mortalité par cancer du poumon de 21 % et la mortalité générale de 5 % chez les personnes qui y participent. Appliquée à la Belgique, l'analyse révèle ainsi que, si 1 000 personnes à haut risque participent à trois tours de dépistage, celui-ci aura permis de sauver 3 vies 10 ans plus tard.
Mais il y a aussi un revers à la médaille. Les faux positifs, tout d'abord. Sur 1 000 personnes testées, 704 sont rassurées immédiatement, mais il y aura 232 personnes qui auront besoin d'un scan supplémentaire ; 34 auront besoin d'un test invasif sans être atteintes d'un cancer. Cela engendre du stress chez le patient, et un coût pour le système de santé.
Parmi les 30 personnes qui vont recevoir un diagnostic de cancer du poumon, il y a 6,1 surdiagnostics : des cancers qui n'auraient jamais posé de problème à cause d'une évolution très lente ou qui auraient guéri spontanément.
De plus, cet examen LDCT, qui porte sur l'ensemble du thorax, peut mettre en évidence des problèmes de cœur, d'œsophage, etc. Ces découvertes fortuites donnent lieu à des examens complémentaires parfois invasifs. Mais le KCE ne peut pas statuer actuellement si ces découvertes sont un avantage ou un inconvénient.
Le KCE signale également qu'il existe un faible risque de cancer dû à l'exposition répétée aux rayons nocifs du CT-scan, même faiblement dosé.
Coût efficacité de 20 000 €
Une analyse coût-efficacité exprime les bénéfices pour le patient d'une intervention donnée en termes d' années de vie gagnées ajustées pour la qualité de vie. Le KCE a calculé qu'en Belgique, le dépistage du cancer du poumon déboucherait sur un rapport coût-efficacité différentiel de € 18 530 par année de vie gagnée en bonne santé. Le montant élevé est dû au surdiagnostic et au coût des traitements.
Enfin, alors qu'il n'existe actuellement pas de dépistage du cancer du poumon en Belgique, il faut aussi prendre en compte les coûts engagés pour atteindre et inviter le groupe cible et le nombre de participants au dépistage.
Le KCE conclut : "Les autorités devraient notamment examiner au préalable dans quelle mesure le groupe cible serait disposé à participer au dépistage après avoir été correctement informé de tous les avantages et inconvénients. Il est aussi important d'évaluer en amont l'impact du dépistage sur le budget de la santé et sur le système de soins (en termes de disponibilité des prestataires et de l'appareillage nécessaire)".