Première depuis 2013: le niveau d'inflation et l'index du mois d'avril n'ont pas été publiés, faute de consensus
Chaque mois, vous êtes nombreux à attendre des données précieuses, notamment pour adapter le loyer d'un bien mis en location ou tout simplement pour savoir si vous allez être indexés. Une procédure habituellement bien rodée sauf pour ce mois d'avril. On vous en explique les raisons.

- Publié le 29-04-2026 à 14h15
- Mis à jour le 29-04-2026 à 14h16

Inflation, indice des prix à la consommation, indice santé ou indice-pivot: pour beaucoup, cette terminologie s'apparente à un charabia incompréhensible et sans grand intérêt. Pourtant, il s'agit là de données précieuses qui impactent directement le quotidien des Belges. Chaque mois, Statbel, l'office belge de la statistique communique à la fin du mois la mise à jour de ces chiffres qui reflètent en réalité l'évolution du coût de la vie et notamment de ce qu'on appelle plus communément et de manière désuète "le panier de la ménagère".
Mais ce mercredi, à la surprise générale, le traditionnel communiqué de presse de Statbel délivrait un message inhabituel: "La Commission de l'Indice des prix n'atteint pas de consensus concernant l'indice des prix à la consommation d'avril 2026". Et plus loin: "Statbel a transmis cette information à David Clarinval, Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Economie, de l'Agriculture et compétent pour l'indice des prix à la consommation. Il revient à présent au Ministre d'approuver le chiffre de l'indice d'avril."
De quoi parle-t-on?
Chaque mois, la Commission de l'Indice des prix se réunit. "Au minimum une fois par mois pour approuver l'indice, nous explique son président, Luc Denayer, assailli de coups de téléphone à la suite de cette absence de consensus. Lorsque nous avons des gros travaux méthodologiques, il se peut qu'on se réunisse deux ou trois fois par mois."
La commission regroupe "des représentants patronaux, des représentants syndicaux et des académiciens, indique Luc Denayer. En moyenne, on est une quinzaine de personnes présentes à chaque réunion. Mais la commission est beaucoup plus large car il y a des membres suppléants et des effectifs. Mais ce sont toujours les mêmes, parce qu'il y a quand même une technicité importante du dossier. Ce sont des gens qui s'investissent techniquement. Ce n'est pas facile de mesurer correctement l'évolution des prix. ça paraît tout à fait simple, mais c'est en réalité très compliqué."
Pour avaliser les calculs, la commission se base sur une méthodologie très précise qui ne laisse aucune place à l'improvisation. "Cette méthodologie est approuvée par la Commission de l'Indice et il y a ensuite une approbation par le ministre (de l'Economie, à savoir David Clarinval, NDLR) de la méthodologie. Et donc, sur cette base-là, l'administration calcule l'indice de chaque mois."
Pourquoi ça bloque?
Sauf que les prix évoluent en permanence, au même titre que les biens et services achetés par les consommateurs. Il faut donc parfois adapter la méthodologie et la faire avaliser ensuite par la Commission de l'Indice. Qui n'arrive pas toujours à se mettre d'accord, explique Luc Denayer.
"Il y a eu un souci dans le passé, au début des années 2000, où la Flandre a introduit une redevance concernant l'eau et donc, il fallait voir comment ça allait être intégré dans l'indice des prix à la consommation. Il n'y a pas eu de consensus et donc, c'est le ministre qui a dû décider." Un autre blocage est intervenu en 2013.
"Ca arrive très rarement, ajoute le président de la commission. Nous essayons toujours d'avoir un consensus parce que c'est un chiffre important puisque beaucoup de contrats sont indexés, pas seulement les salaires mais aussi les loyers, d'autres types de contrats. Donc, il faut qu'il y ait une transparence de cet indice et qu'il y ait un consensus sur cet indice."
Ce mois-ci, le consensus n'a donc pu être trouvé. Certains membres de la commission ont "regretté que l'on n'ait pas pu adapter la méthodologie pour le gaz et l'électricité. Ca faisait partie d'un grand accord entre les partenaires sociaux mais, à ce jour, il n'y a aucune réponse de la part du gouvernement. Dans ces conditions, certains membres, n'ont pas souhaité approuver l'indice."
Luc Denayer fait ici référence au changement de calcul de l'index prévu par l'Arizona et notamment le plafonnement du montant des revenus qui sera indexé. Le Groupe des Dix, réunissant patrons et syndicats) a proposé une alternative (G10) au gouvernement mais qui n'y a pas donné suite.
Et maintenant?
Ce sera à David Clarinval de trancher. "Je viens de notifier ça au ministre et c'est à lui d'approuver l'indice des prix à la consommation de ce mois." Cela doit être fait impérativement avant demain. "L'indice devrait être publié dans le moniteur le plus rapidement possible et donc, pour être connu pour les derniers jours du mois. Il nous faut une décision au plus tard à 16h demain."
Il vous faudra donc encore un peu patienter avant de faire chauffer vos calculatrices pour le calcul de réadaptation des loyers. Une première estimation "flash" publiée par Statbel sur base de normes européennes en avril avançait une inflation de 4,3%, soit près du double par rapport aux 2,2% enregistrés en mars sur base des mêmes normes (calculée à 1,65% par Stabel).
La FGTB accuse les patrons
L'absence de consensus n'a pas manqué de faire réagir. Le président de la FGTB, Bert Engelaar, a accusé les organisations patronales. "Ils remettent soudainement en question cette méthode de calcul qui est restée inchangée pendant longtemps, ce qui a empêché de rendre un avis unanime", affirme-t-il. "Nous maintenons la méthode de calcul actuel."
Les organisations patronales FEB et Unizo confirment que le banc des employeurs n'a pas validé le chiffre. Elles estiment qu'il y a un problème le calcul des prix de l'énergie, qui ont fortement augmenté en avril, sous l'impulsion de la guerre au Moyen-Orient.
La FEB, la plus grande organisation patronale de Belgique, espère ainsi que les employeurs "envoient un signal au gouvernement", a-t-elle déclaré.
