La prison, seule vraie détention
Ainsi donc Nicolas Ullens, qui a tué sa belle-mère en mars dernier en tirant six balles à bout portant suite à un conflit familial exacerbé, s'est vu refuser pour la deuxième fois d'exécuter sa détention préventive sous bracelet électronique. La chambre du conseil de Nivelles estime notamment que le risque de récidive existe... même si les experts psychiatre et psychologue mandatés ont considéré ce risque faible. La deuxième raison concerne les garanties en matière de sécurité publique, comme si la présence de Nicolas Ullens en dehors d'une prison risquait de perturber l'ordre public de l'une ou l'autre manière.
- Publié le 04-10-2023 à 06h00

À vrai dire, cette ordonnance démontre surtout que la détention sous bracelet électronique n'est pas encore totalement entrée dans les mœurs de notre société. D'aucuns estiment d'ailleurs qu'il s'agit d'une "libération" sous bracelet. Ce qui est juridiquement et factuellement faux, puisque le détenu est soumis à de nombreuses contraintes en la matière. Celle non seulement d'avoir le bracelet chevillé au corps 24 heures sur 24, mais aussi bien sûr d'être assigné à résidence la plupart du temps. Sans oublier d'autres obligations, variant en fonction des cas et des personnes.
Dans l'esprit du citoyen lambda, mais aussi de nombreux juges, ce bracelet électronique ne correspond cependant pas à une véritable détention en prison. Dans ce cadre, quelqu'un qui a commis un crime ou un grave délit devrait y purger la totalité de sa peine, et ne pas bénéficier de ce bracelet électronique. Y compris lors de la détention préventive, lorsque les faits commis semblent avérés, comme c'est le cas notamment pour Nicolas Ullens, inculpé d'assassinat. Ou de Paolo Falzone, qui a obtenu ce fameux bracelet après plus d'un an de préventive suite aux faits perpétrés à Strépy, alors qu'il est notamment poursuivi pour le meurtre d'une des victimes.
Or, la surveillance électronique se donne pour objectifs d'éviter à certains justiciables les effets nocifs liés à l'incarcération; de favoriser leur réinsertion sociale; de diminuer le taux de récidive; de lutter contre la surpopulation carcérale, mais aussi de renforcer la confiance du citoyen dans le système pénal en diminuant le sentiment d'impunité.
Libre à chacun de se faire une opinion à ce sujet. Mais nous constatons cependant que les objectifs prônés par cette surveillance électronique ne fonctionnent pas encore complètement dans notre société, où la prison resterait le seul et unique modèle à suivre, quand bien même il serait voué à l'échec à de nombreux niveaux.
