Le monastère de Clerlande à Ottignies-Louvain-la-Neuve s'est choisi un avenir sans moines à terme
Les moines de Clerlande ont choisi le projet de Cimes et Racines et la création d'un centre de transition intérieure pour donner un avenir au site du monastère.

- Publié le 09-10-2026 à 14h37
- Mis à jour le 09-10-2026 à 14h44

À Ottignies-Louvain-la-Neuve, le monastère Saint-André de Clerlande, situé dans une pinède à la lisière du bois de Lauzelle, prépare son avenir. Sa communauté bénédictine ne compte plus que sept moines, dont le plus jeune a 75 ans. Le projet retenu, porté par la Fondation Clerlande-Transition pour le collectif Cimes et Racines, prévoit la création d'un centre de transition intérieure.
Sa demande de permis d'urbanisme fait l'objet d'une enquête publique jusqu'au 19 octobre.
"En 2022, à l'issue de la pandémie du Covid, nous avons pris acte de ce que notre communauté s'étant fortement réduite, nous ne pouvions plus attendre pour assurer au site de Clerlande une continuité et un avenir digne de notre tradition et de notre région", indique une lettre d'intention du monastère, consultable dans le dossier.
Un groupe de réflexion a été constitué, puis un appel à projets lancé. Vingt-huit propositions ont été reçues. Au terme de l'analyse, la communauté a retenu celle de Cimes et Racines.
Ce que prévoit le projet
"Notre intention est de créer un centre de transition intérieure. L'idée est, en changeant de l'intérieur, provoquer des changements dans la société", résume Sébastien Maréchal, l'un des porteurs du projet.
Le site doit accueillir ateliers, retraites, formations et conférences autour de l'éco-spiritualité. Une communauté laïque de résidents permanents doit s'y installer aux côtés des moines, normalement à partir de janvier 2027.
Cinq personnes sont actuellement engagées dans un processus de préparation. "Elles devront donner du temps au projet et avoir un esprit pionnier mais nous allons les accompagner", explique Philippe Godts, de Cimes et Racines. Il décrit une vie communautaire fondée sur une certaine sobriété et la mise en commun de ressources, à l'image du mode de vie des moines.
Les moines, eux, pourront poursuivre leur vie monastique à Clerlande, dans la recherche de Dieu par la prière et l'accueil, à la suite du Christ. Mais ils se sont engagés à ne plus accueillir de nouveaux membres: à terme, le site sera donc sans moines.
Le projet éloigne Clerlande de ses racines chrétiennes, selon certains fidèles
Certains fidèles de la communauté laïque qui fréquentent Clerlande regrettent que le projet éloigne, selon eux, le site de ses racines chrétiennes. Ils constatent une baisse de la fréquentation des messes depuis le choix de Cimes et Racines et estiment que les fidèles ne s'intéressent pas à ce projet, qui ne se tourne pas assez vers eux.
Philippe Godts souligne que plusieurs chapelles resteront consacrées et conserveront leur mobilier chrétien. Le site continuera aussi d'accueillir des pèlerins. "Si certaines personnes veulent venir animer des messes, elles seront les bienvenues", assure-t-il.
Permis, Vatican et UCLouvain
Cimes et Racines est déjà actif sur le site depuis cette année: le collectif a organisé des activités, effectué de petits travaux de réaménagement et pris en charge l'hôtellerie pour le compte des moines. Le développement complet du projet dépend toutefois de l'obtention du permis mais aussi de l'autorisation du Vatican – ce qui peut prendre du temps – et de celle de l'UCLouvain.
Le monastère, fondé par des moines venus de l'abbaye Saint-André de Bruges, a ouvert en 1971. Œuvre de l'architecte Jean Cosse, il a été construit sur un terrain que l'UCLouvain a exceptionnellement vendu en pleine propriété, et non via un bail emphytéotique.
Selon l'acte de vente, le monastère s'engage à respecter l'affectation des lieux prévue dans les statuts du monastère. Certains opposants estiment que la nouvelle activité n'y répond plus et souhaitent que l'université s'y oppose.
L'UCLouvain rappelle que sa capacité d'intervention est limitée, le site ayant été vendu en pleine propriété, et estime en outre qu'un refus fondé sur l'abandon de la vie religieuse en commun selon la règle de saint Benoît pourrait être considéré comme un abus de droit, au vu de l'évolution de la société en 50 ans. Elle ne s'est pas encore prononcée, mais elle ne devrait, a priori, pas s'opposer au projet.
Un bail de 60 ans
Si toutes les autorisations sont obtenues, un bail emphytéotique de 60 ans sera conclu entre les moines et Cimes et Racines. Le collectif conservera l'usage du site jusqu'au terme du bail. Mais d'ici quelques années, avant le décès du dernier moine, les religieux devront décider à qui transmettre Clerlande.
Le canon a été fixé à 100 € par an non indexés. Sébastien Maréchal le qualifie de symbolique, mais fait valoir que l'entretien du site représente déjà un coût important et que le projet ne poursuit pas un but lucratif. Les travaux pour la transformation du site sont, eux, estimés à 1,2 million € que Cimes et Racines compte financer par des dons et du mécénat. "Nous ne ferons pas d'emprunt, assure Philippe Godts. On fera avec l'argent qu'on a et on s'adaptera."
La demande de permis est introduite au nom de l'ASBL Monastère Saint-André de Clerlande. "Ce sont les moines qui cherchaient un nouveau projet pour Clerlande, il était donc cohérent que ce soit eux qui fassent la demande", explique Sébastien Maréchal.
Il revient à la fonctionnaire déléguée de délivrer ou non le permis sollicité.
Au final, pour Philippe Godts, le projet apporte un nouveau souffle à Clerlande, dans un monde en transition. Il lui permettra de poursuivre des activités au cours des 60 prochaines années, dans la continuité de la tradition monastique d'accueil et d'hospitalité, soutient-il.
Vite dit
La demande de permis d'urbanisme porte notamment sur la création d'un logement collectif de 8 chambres dans une des ailes du monastère à destination d'une communauté laïque. Trois nouveaux volumes seront aussi créés: un espace de convivialité (un café) en extension de l'espace magasin, un abri pour les vélos et une galerie couverte entre les parties jour et nuit du nouveau logement collectif de la communauté résidente. Le dossier est consultable jusqu'au 19 octobre à l'administration communale sur rendez-vous (010 43 62 70 ou urbanisme@olln.be).
