L'exécutif wallon recale la taxe communale sur l'aéroport carolo et demande au Fédéral de reconsidérer une mesure similaire: "1100 emplois impactés"

Pour remettre de l'ordre dans ses finances, la Ville de Charleroi avait annoncé une taxe de trois euros sur les passagers décollant de l'aéroport carolo. Le gouvernement wallon vient de recaler cette taxe. Mais la menace du Fédéral reste toujours d'actualité.

La compagnie à bas coût dispose d'une importante base à l'aéroport de Charleroi (BSCA).
La compagnie à bas coût dispose d'une importante base à l'aéroport de Charleroi (BSCA). ©D.R.

Elle avait fait beaucoup de bruit. Confrontée à des difficultés budgétaires, la Ville de Charleroi, dirigée par le socialiste Thomas Dermine, avait annoncé son intention de taxer à hauteur de trois euros tout passager décollant du tarmac de Brussels South Charleroi Airport.

Une mesure aussitôt dénoncée par la compagnie la plus présente à Charleroi, à savoir Ryanair, déjà confrontée à l'annonce de la hausse d'une autre taxe, fédérale cette fois, sur les billets d'avion (lire ci-dessous).

Hausse des taxes aériennes: l'annonce choc de Ryanair pour Bruxelles et Charleroi

Si les élus locaux d'opposition avaient dénoncé cette taxe, la majorité MR-LE en place à l'échelon régional wallon n'était pas restée silencieuse. "Vouloir tout régler par des taxes, c'est le choix de la facilité", avait réagi Cécile Neven, la ministre en charge des Aéroports. Elle avait appelé à la concertation, affirmant que "ce projet ne reste à ce stade qu'une ligne dans un budget, que les modalités ne sont pas encore fixées."

"Comptes 2023-24 exceptionnels"

Ce jeudi matin, le gouvernement wallon a donc décidé de na pas approuver cette taxe communale. L'exécutif régional se base, pour justifier sa décision, sur des "arguments économiques" et des questions "de cohérence d'ensemble".

"On ne peut pas avancer à l'aveugle avec une taxe qui peut être assez dramatique pour l'emploi", plaident les quatre ministres concernés: le Ministre-Président Adrien Dolimont, le ministre des Pouvoirs locaux François Desquennes, le ministre de l'Economie et de l'Emploi Pierre-Yves Jeholet et la ministre des Aéroports Cécile Neven.

"Après avoir procédé à toute une série d'analyses" au regard du Code de la Démocratie locale, la Région invoque "le respect des principes d'égalité et de proportionnalité" pour motiver sa décision. Pour le Ministre-Président wallon, la majorité carolo s'est basée sur des comptes 2023-2024 pour justifier le montant de la taxe (15 millions d'euros). Or, il s'agissait "de comptes exceptionnels qui ne tiennent pas compte de la situation globale de l'aéroport. Par le passé, la situation était beaucoup plus limitée en termes de bénéfices", détaille François Desquennes.

La majorité carolo "ne tient pas compte également d'une série d'éléments économiques liés à l'aéroport régional, le choix du gouvernement de réduire globalement la valeur des subsides pour autonomiser l'aéroport d'une part, mais également aussi des frais de sécurité, qui sont augmentants, vu une série de contraintes et de dispositions légales", poursuit le ministre Les Engagés.

Ce dernier a toutefois tenu à rassurer : le budget carolo a été approuvé, l'absence des revenus de la nouvelle taxe ayant été compensée par "une ponction dans les bonis antérieurs". Le gouvernement wallon a décidé de compenser les mesures en Au total, les sommes "tournent autour de 12 à 13 millions, ce qui était la recette escomptée, puisque la recette ne portait pas sur une année entière en matière de taxes sur l'aéroport".

Thomas Dermine prend acte

Contacté par nos soins, le bourgmestre de Charleroi, le socialiste Thomas Dermine, dit "prendre acte" de la décision du gouvernement wallon.

"Nous avons fait le choix d'éviter d'introduire de nouveaux éléments de fiscalité sur les citoyens de Charleroi, justifie l'ancien Secrétaire d'Etat. Nous avons préféré concentrer la nouvelle fiscalité sur un seul acteur (BSCA, NDLR) qui avait les capacités d'absorber la taxe et qui induit toute une série de coûts et nuisances pour la ville de Charleroi."

Réagissant à chaud, le bourgmestre de Charleroi n'a pas encore eu l'occasion de discuter avec ses partenaires sur la suite à donner à cette décision du gouvernement wallon. "On se réserve le droit d'aller en recours contre celle-ci ou d'adapter la taxe en tenant compte des remarques formulées."

Mais l'heure est surtout à l'incompréhension, dans le chef de Thomas Dermine. "Politiquement, je trouve ça hallucinant que le gouvernement fasse preuve d'autant de courage pour attaquer une taxe communale mais ne fasse pas preuve du même courage pour contester la taxe fédérale. C'est plus facile de jouer les gros bras avec une ville qu'avec le Fédéral", déplore-t-il.


Une autre taxe menace l'aéroport

La taxe adoptée par la Ville de Charleroi et aujourd'hui non approuvée par le gouvernement wallon a déjà fait couleur beaucoup d'encre. Mais ce n'est pas la seule: le gouvernement fédéral a lui aussi prévu de taxer plus largement les voyages en avion.

Dans son accord budgétaire de novembre dernier, le gouvernement fédéral a décidé d'augmenter considérablement une taxe sur les billets d'avion. Initialement, cette dernière s'élevait à 2 euros par passager. En juillet 2025, elle est passée à 5€. Mais dès 2027, elle doublera pour atteindre 10€ et même 11€ en 2029.

L'augmentation conséquente et rapide de la taxe fédérale (...) impactera 1.100 emplois

L'annonce intervenue ce jeudi ne devrait donc pas suffire à faire revenir le bouillant patron de Ryanair, Michaël O'Leary, sur sa décision. La taxe fédérale reste à ce stade bien en place, même si elle n'est toujours pas entrée en vigueur. mais le gouvernement régional wallon espère là aussi que les lignes bougent.

Adrien Dolimont a écrit envoyé un courrier cette semaine à Bart De Wever pour l'inviter à revoir sa décision. "L'augmentation conséquente et rapide de la taxe fédérale (...) impactera 1.100 emplois directs, indirects et induits dont plus de 150 emplois à BSCA même et constituera une perte estimée de plus de 95 millions d'Euros par an de retombées économiques et touristiques", s'inquiète le Ministre Président wallon.

"Discriminatoire et disproportionné"

Le gouvernement dénonce "le caractère discriminatoire et disproportionné" de la mesure pour l'aéroport carolo. Il épingle le fait que "la taxe forfaitaire (soit) identique non seulement aux différents aéroports dont le modèle économique n'est pas similaire mais aussi aux types de vols".

"II n'est cependant pas concevable que ces efforts impactent davantage une Région plutôt qu'une autre, et surtout qu'une décision prise l'Etat fédéral restreigne une entité fédérée dans son développement économique", fait remarquer la majorité MR-LE qui plaide pour une "concertation", afin de trouver "une solution équilibrée".

Pas encore de texte

Reste désormais à voir qu'elle sera la réaction du Premier Ministre à cette interpellation. Prévenu préalablement par téléphone par Adrien Dolimont, Bart De Wever a répondu "qu'il allait analyser la situation et voir comment on pouvait faire face à ça".

La Région n'a, à ce stade, pas prévu de déposer un recours contre la décision fédérale. Et pour cause: "Il n'y a encore rien sur la table du gouvernement. Il y a uniquement une discussion et un chiffre mis dans les tableaux budgétaires mais il n'y a encore rien de concret." Aucun texte législatif n'a encore été déposé pour assoir la décision budgétaire du Fédéral. Une mesure, pour rappel, qui avait été avalisée, côté francophone, par les mêmes partis qui la contestent aujourd'hui, à savoir MR et Engagés...

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