Ryanair supprimera bien un million de sièges en 2026 et pourrait aller plus loin: stratégie de rupture ou coup de bluff de Michael O'Leary ?
Face à la hausse des taxes aériennes en Belgique, Ryanair menace de réduire ses activités à Charleroi et Zaventem dès 2026. Michael O'Leary annonce la suppression de plus de deux millions de sièges d'ici 2027. À l'aéroport de Charleroi, où la compagnie est ultra-dominante, l'inquiétude grandit pour l'emploi. Mais cette baisse annoncée du trafic pourrait aussi s'expliquer par d'autres facteurs. Menace réelle ou simple coup de bluff ?

- Publié le 14-01-2026 à 16h53
- Mis à jour le 14-01-2026 à 17h39

Dans le dossier de la taxation des billets d'avion, le bras de fer entre Ryanair et les pouvoirs publics se poursuit.
Dans un épisode précédent, le 9 décembre dernier, Michael O'Leary, le charismatique patron de la compagnie irlandaise, menaçait de réduire la présence de Ryanair en Belgique si le gouvernement persistait dans son projet d'augmenter les taxes sur le transport aérien.
Or, l'histoire économique rappelle qu'il ne s'agit pas toujours de simples coups de bluff : les avertissements de Michael O'Leary s'accompagnent parfois de décisions concrètes.
Ce mercredi, lors d'une rencontre avec la presse, il a confirmé une réduction des activités de Ryanair à Charleroi et Zaventem dès l'hiver 2026. La compagnie prévoit ainsi de supprimer 1,1 million de sièges cette année-là, avant peut-être une nouvelle baisse équivalente en 2027... Une réponse directe aux hausses de taxes décidées aux niveaux local et fédéral.
La compagnie low cost pointe ainsi la future taxe communale de 3 € par passager à Charleroi, qui visera l'aéroport. Mais surtout, l'augmentation progressive de la taxe passagers belge, qui atteindra 10 € par billet d'avion d'ici 2027.
Une imposition qu'elle juge "préjudiciable à la compétitivité du pays". Ryanair affirme que ces mesures "détourneront trafic, emplois et investissements vers des pays européens ayant supprimé leurs taxes aériennes", et appelle le Premier ministre Bart De Wever à revenir sur ces décisions. À défaut, la compagnie prévoit de réduire son trafic en Belgique de 11,6 millions de passagers en 2025 à 9,6 millions en 2027.
"Si Charleroi et la Belgique ne reviennent pas sur ces taxes, Ryanair réduira de 1,1 million de passagers en 2026 et encore de 1,1 million en 2027, et nous continuerons à réduire jusqu'à ce que le gouvernement belge insensé comprenne que taxer le trafic n'est pas la solution pour développer le tourisme et l'emploi : cela ne fait que les envoyer vers d'autres destinations européennes à bas coûts et sans taxe", a affirmé Michael O'Leary.
Quel impact ?
Ces suppressions de sièges vont-elles avoir un impact sur l'emploi et sur la viabilité de l'aéroport de Charleroi, où Ryanair occupe une position ultra-dominante avec 85 % des vols au départ ou à l'arrivée ?
Du côté de la CNE, on reste serein quant à l'avenir des 600 personnes qui travaillent sur la base Ryanair de Charleroi — soit 200 pilotes et 400 membres du personnel de cabine.
"En fait, Ryanair va réduire l'hiver prochain le nombre d'avions basés à Charleroi de 19 à 14, comme ils l'ont toujours fait jusqu'il y a trois ans, car il y a moins de passagers en hiver", nous explique Didier Lebbe, permanent CNE. "En conseil d'entreprise ce mardi, nous avons eu la garantie qu'il n'y aurait pas de licenciement. Par ailleurs, nous avons demandé qu'ils nous communiquent le plus rapidement possible les liaisons supprimées. Et ce seraient principalement des réductions de fréquence et non des suppressions de lignes."
Pour le permanent CNE, la décision ne serait d'ailleurs pas uniquement d'ordre politique. Elle pourrait également relever d'autres facteurs, comme la saisonnalité classique du trafic aérien, un ralentissement économique, ou encore… les retards de livraison de nouveaux Boeing.
"La direction irlandaise a expliqué qu'ils discutaient avec le cabinet de Bart De Wever. Nous leur avons expliqué que le Premier ministre était un nationaliste flamand peut-être peu sensible à l'aéroport de Charleroi, et qu'il y avait un président de parti au MR, Georges-Louis Bouchez, qui dans notre système politique a la tutelle sur la Wallonie et qui se présente... comme une personne anti-taxe", ajoute le délégué CNE.
1100 emplois directs et indirects
Du côté de l'aéroport de Charleroi, on est plus inquiet et on estime que les annonces de Michael O'Leary, si elles se concrétisaient, auraient un impact réel sur l'emploi.
"En décembre, nous avons calculé que la réduction de 18 à 14 avions basés pourrait entraîner la suppression de 1 100 emplois, directs et indirects", nous explique Nathalie Pierard, de BSCA. "La taxe fédérale vise directement les compagnies aériennes, tandis que le projet de taxe communale de 3 € concerne l'aéroport, qui devrait verser 15 millions d'euros aux autorités. Or, cette taxe, ajoutée au retrait de cinq avions basés, représenterait une double punition, mettant en péril l'équilibre financier et budgétaire de l'aéroport."
Face à cette incertitude, l'aéroport wallon, d'où 5,5 millions de passagers ont décollé l'an dernier, a temporairement mis en pause ses projets d'investissements. Rappelons que le ministre-président wallon Adrien Dolimont (MR) avait annoncé que le gouvernement wallon pourrait annuler cette taxe communale s'il apparaissait que l'intérêt général était lésé.
