Menaces de Ryanair : "Considérer d'emblée que c'est du bluff, c'est manquer de lucidité"
Quelques échanges assez vifs en plénière du Parlement wallon dans le dossier des taxes "aériennes" : les menaces de Michael O'Leary exacerbent les tensions entre le MR et le PS.

- Publié le 10-12-2025 à 18h16
- Mis à jour le 10-12-2025 à 18h17

Les taxes se télescopent dans le ciel de l'aéroport de Charleroi. Il y a la redevance de 3 € par passager que la Ville de Charleroi veut mettre en œuvre dès l'année prochaine pour soulager ses finances communales. C'est destiné à BSCA (Brussels South Charleroi Airport), la société gestionnaire de l'aéroport carolo. Le montant tournerait autour de 15 millions €.
Et puis, il y a l'augmentation annoncée de la taxe sur les billets d'avion, qui fait partie du dernier package budgétaire de l'Arizona, au fédéral.
Les menaces du patron de Ryanair n'ont évidemment pas traîné : 5 avions sur 18 pourraient quitter le tarmac de Charleroi.
Les positions du MR (majorité) et du PS (opposition) sont radicalement opposées dans ce dossier. On a pu l'entendre lors de la séance plénière du Parlement wallon ce mercredi.
Les libéraux jugent que la décision du bourgmestre de Charleroi Thomas Dermine (PS) est "prématurée, inconsciente, brutale et irréfléchie", comme l'a martelé le député MR Nicolas Tzanetatos. Quant aux socialistes, ils répètent que c'est la taxe fédérale qui fait réagir le boss de Ryanair. "La taxe de Charleroi s'adresse à BSCA qui fait 25 millions de bénéfices par an", souligne Isabella Greco (PS).
"O'Leary a bien compris"
Celle-ci affirme par ailleurs que la Ville a reçu le jour même un courrier de Michael O'Leary "félicitant" Charleroi pour sa mesure.
Ce qui n'est pas tout à fait la réalité. Il n'y a pas eu de courrier. Mais selon la Ville de Charleroi, "le patron de Ryanair a d'ores et déjà bien compris que la taxe locale n'aurait pas d'impact sur la compagnie. Michael O'Leary n'est plus inquiet à cet égard. La menace du départ de 5 avions en avril est liée à l'annonce du fédéral".

Dans la majorité, l'ancien patron de l'aéroport Jean-Jacques Cloquet (Les Engagés) est assez d'accord : "La taxe que la Ville veut mettre sur l'aéroport n'impacte pas directement Ryanair. Le bourgmestre a raison. Ce n'est pas le problème de Michael O'Leary, sauf si l'aéroport répercute la charge sur les compagnies. Et il faudra veiller à ce que ça ne bloque pas les développements de l'aéroport. Par contre, l'annonce du fédéral m'inquiète. Ce genre de décision doit se prendre au niveau européen", estime le député LE.
En tout état de cause, Jean-Jacques Cloquet soutient qu'il faut absolument entamer une réflexion sur une meilleure diversification aérienne pour Charleroi.
"Stop aux taxes !"
Qu'en dit la ministre en charge des aéroports, Cécile Neven ?
"Stop aux taxes !" C'est comme ça que la libérale entame son intervention à la tribune. "La multiplication irresponsable de taxes, ce n'est pas juste pour équilibrer un budget, c'est une formule d'asphyxie économique qui génère de la fuite d'investissements et d'emplois. C'est aussi une solution de facilité quand on n'ose pas remettre en cause ses modes de fonctionnement." Voilà pour Thomas Dermine.

L'aéroport fait 25 millions de bénéfices ? "Oui, avec quand même une sérieuse subvention régionale", tient-elle à préciser.
Elle a quant à elle bien reçu un courrier de Ryanair. "Et si la taxe fédérale est bien évoquée, la taxe de Charleroi aussi." Cécile Neven rappelle également que l'annonce de la taxe fédérale "ne représente encore qu'une ligne dans un budget et ses modalités ne sont pas encore arrêtées".
Elle préconise une concertation "avec le fédéral, le régional, l'aéroport, les compagnies et les syndicats. Voilà de quoi nous avons besoin pour préserver cet outil économique majeur."
Quant aux menaces du boss de la compagnie irlandaise, "l'idée n'est pas de céder à la panique. Mais considérer d'emblée que c'est du bluff, c'est manquer de lucidité".
Un aéroport comme une béquille
Isabella Greco renchérit néanmoins. "Vous, le MR et Les Engagés, quand vous taxez directement les passagers, tout se passe bien. Mais vous jouez les vierges effarouchées quand Charleroi taxe BSCA parce que vous sous-traitez votre austérité : 38 % de vos mesures d'économies se font sur le dos des villes et communes", lance-t-elle.

La députée wallonne, également cheffe de groupe PS au conseil communal de Charleroi, enchaîne sans reprendre son souffle. "Qu'est-ce qui vous dérange ? C'est que le bourgmestre de Charleroi ait fait davantage preuve d'ingéniosité que tout votre gouvernement ? Ou c'est le fait qu'il vous renvoie en pleine tête votre plan Oxygène ?"

Au MR, Nicolas Tzanetatos, lui aussi carolo, n'en démord pas non plus : le bourgmestre Thomas Dermine est en tort. "Je ne suis pas là pour défendre les intérêts de Ryanair mais ceux de ma ville et des travailleurs. On compte 25 travailleurs par avion basé, sans compter les emplois indirects. Quand on est un territoire aussi fragile, on doit être prudent. La décision du bourgmestre, c'est de l'inconscience. Il va briser un outil qui doit nous servir de béquille pour nous relever."