Mort de la baronne "Mimi" Ullens : son beau-fils devant les assises, 15 jours pour comprendre le "voile rouge" de sa colère (vidéo)
Le procès en cour d'assises de Nicolas Ullens (61 ans), poursuivi pour avoir tué sa belle-mère Myriam Lechien en mars 2023 à Lasne, dans le Brabant wallon, débute ce lundi 21 septembre 2026 par la constitution du jury populaire.
- Publié le 19-09-2026 à 09h00
- Mis à jour le 19-09-2026 à 10h07

Ce lundi 21 septembre 2026 à Nivelles, la cour d'assises du Brabant wallon va désigner les jurés qui se pencheront durant deux semaines, à partir du jeudi 24 septembre, sur un drame familial qui a connu un fort retentissement. Moins à cause des faits eux-mêmes, des tirs à bout portant immédiatement avoués par l'auteur qui s'est rendu à la police, que pour l'identité des protagonistes. C'est qu'on entre ici dans l'intimité d'une des familles les plus riches de Belgique…
Un ancien agent de la Sûreté de l'État
Le 29 mars 2023, Nicolas Ullens de Schooten, ancien membre de la Sûreté de l'État, était à Ohain (Lasne) où il venait de rendre visite à son père, le baron Guy Ullens, un industriel plus que prospère. L'homme a fait fortune en dirigeant puis en revendant la Raffinerie tirlemontoise, une affaire familiale, au groupe allemand Südzucker. Il a ensuite investi dans diverses sociétés et pris le contrôle, via une holding luxembourgeoise, de Weight Watchers International.
Né en 1935, Guy Ullens vivait une bonne partie de l'année en Suisse. Il s'était remarié en 1999 avec Myriam Lechien, entrepreneuse bruxelloise dont il avait fait la connaissance alors qu'elle développait une activité de pâtisserie à l'avenue Louise.
Le couple était actif dans les affaires au niveau international, mais aussi dans l'art contemporain, ayant créé à Pékin le Ullens Center for Contemporary Art. Et une partie de leur fortune était aussi consacrée à des œuvres philanthropiques via des fondations aidant par exemple les orphelins au Népal. Myriam Lechien avait également créé la fondation Mimi Ullens, pour aider les malades du cancer.
Il provoque une collision à quelques mètres du portail
Voilà pour le décor. En ce qui concerne l'action, elle est plutôt sordide. Le 29 mars 2023 donc, en sortant de cette rencontre improvisée avec son père, Nicolas Ullens est contrarié. Leur discussion est restée calme, mais il semble que Guy Ullens n'a pas accédé à ses demandes financières. L'homme, qui habite lui aussi à Lasne, est venu au volant d'une vieille Dacia. Et quand il voit la Golf où se trouvent son père et sa belle-mère quitter la propriété, il provoque une collision à quelques mètres du portail.
Formé au sein de la Sûreté de l'État, chasseur et tireur sportif, Nicolas Ullens possède plusieurs armes et sait s'en servir. Ce matin-là, il a dans sa voiture un Glock 9 mm. C'est avec ce pistolet qu'il fait feu à six reprises sur Myriam Lechien, qui est au volant de la Golf.
Touchée à la tête et au thorax, elle décède sur place. Guy Ullens occupe le siège passager. Il n'a pas été visé mais il est légèrement blessé à la cuisse. C'est lui qui donne l'alerte, en téléphonant à son personnel de maison. Nicolas Ullens, lui, quitte les lieux.
Il se rend lui-même au commissariat de police
Quelques minutes plus tard, il entre dans le commissariat de la Mazerine. Se présentant à l'accueil, il demande à parler à un policier en annonçant d'emblée qu'il vient de commettre quelque chose de grave…
Les habitués des cours d'assises l'entendent à chaque procès : pour déclarer un accusé coupable d'homicide, il n'est pas nécessaire de connaître le mobile. Il "suffit" d'établir que par son action, il a effectivement donné la mort, qu'il était responsable de ses actes et qu'il avait l'intention de tuer, cette intention pouvant se déduire de différents éléments du dossier.
Sous le coup d'une immense colère
À ce stade de la procédure, Nicolas Ullens est poursuivi pour assassinat, c'est-à-dire pour avoir commis un meurtre avec préméditation. D'après le contenu des auditions qui ont "fuité", l'accusé a répété avoir adopté ce comportement sous le coup d'une immense colère, évoquant un "voile rouge" devant ses yeux lorsqu'il a vu le visage de sa belle-mère.
On verra, en cours de procès, ce que les avocats de la défense vont en tirer en terme de responsabilité…
Un remariage qui a secoué la famille
Mais évidemment, depuis trois ans et demi, la question de la raison de cet acte terriblement violent est sur toutes les lèvres. On sait que le remariage de Guy Ullens avec Myriam Lechien, en 1999, a secoué la famille.
Le baron avait quatre enfants, Myriam Lechien en avait deux, et ils n'en ont pas eu ensemble par la suite. Côté Ullens, même le couple était décrit comme uni voire fusionnel, on n'a pas vraiment accepté l'influence prise par la nouvelle arrivée sur la vie de Guy Ullens et sur la gestion du patrimoine familial.
Les enfants Ullens mis à l'écart ?
Les enfants de Guy Ullens ont eu le sentiment d'être mis progressivement à l'écart, les rares événements familiaux étaient tendus et diverses tentatives de réconciliation n'ont jamais vraiment porté leurs fruits. Ainsi, Nicolas, qui était décrit comme très proche de son père avant ce remariage, ne le voyait pratiquement plus.
Ces problèmes familiaux se doublaient de craintes au niveau financier et successoral, qui ont généré de fortes tensions. Ces conflits financiers au sein de la famille avaient même mené à l'introduction de procédures judiciaires en 2018, et ils n'étaient pas apaisés.
Un accusé qui comparaîtra libre, deux semaines de procès
Nicolas Ullens de Schooten, qui avait été privé de liberté directement après les faits qu'il a commis le 29 mars 2023, n'est resté en prison que quelques mois. À la mi-octobre 2023, il a en effet pu bénéficier d'une détention sous bracelet électronique.
Puis en mars dernier, la justice a fait droit à la demande de son avocat, Me Jean-Philippe Mayence, qui avait déposé une requête de mise en liberté. A priori, c'est donc libre que l'accusé comparaîtra au premier jour de son procès devant la cour d'assises du Brabant wallon.
Ce père de famille né en 1965, dont les proches soulignent l'aversion pour les injustices, n'a aucun antécédent judiciaire. Pour les experts, en dehors du contexte très particulier du drame, il ne constitue pas un danger social. Alors qu'il était en prison, ses frères et sœurs sont venus régulièrement le visiter.
Quant au baron Guy Ullens de Schooten, présent au moment des faits, il est décédé le 19 avril 2025, de mort naturelle, alors qu'il était âgé de 90 ans.
La première journée du procès, ce lundi, sera consacrée à la constitution du jury populaire. Les débats entreront véritablement dans le vif du sujet trois jours plus tard, le jeudi 24 septembre, avec la lecture de l'acte d'accusation par l'avocate générale Laure Wynants. Long de 150 pages, le document retracera les faits qui ont secoué la famille Ullens il y a plus de trois ans.
