Charles Michel candidat à Bruxelles: "Ça ressemble à un ballon d'essai"
C'est la rumeur du jour: le Premier ministre Charles Michel serait sur le point de déménager vers la capitale. Objectif recherché: renforcer la force de frappe du MR en vue des législatives de 2019. Pour Pierre Verjans, cette "information" ressemble fort à un coup de sonde.

- Publié le 13-08-2018 à 14h40

Charles Michel bientôt parachuté à Bruxelles. C'est ce qu'annonçait ce matin la RTBFsur ses ondes, relayant une rumeur circulant depuis plusieurs semaines. Alors "fake news", rumeur ou fuite savamment orchestrée? Nous avons posé la question à Pierre Verjans, politologue à l'ULg.
Pierre Verjans, cette annonce vous surprend-elle?
Non, pas vraiment. Il y a dans l'annonce de la RTBF une série d'éléments qui sont classiques. C'est tout à fait vrai que le MR est tellement dominant en Brabant wallon qu'un départ de Charles Michel ne devrait pas le fragiliser. Ensuite, le fait de se présenter à Bruxelles permet de gagner des points en interne et en externe.
Que voulez-vous dire?
En interne, cela reviendrait à tester la résistance de Didier Reynders à l'arrivée de Charles Michel. Vous avez la possibilité de tester les réactions sur cette arrivée. Et en externe, et les communiqués sont limpides, ce serait une bonne manière de résister à la montée potentielle de Défi et de résister à la popularité de Théo Francken côté francophone.
Vous voulez dire que c'est calculé?
C'est peut-être une manière pour l'équipe de Charles Michel de tester pendant les vacances, à une période où les gens ne s'énervent pas, si ça va susciter des réactions violentes ou pas. Si ça ne suscite pas de réactions violentes ou si le clan Michel l'emporte nettement dans les réactions, alors ça pourrait se faire.
Vous évoquez la rivalité entre Didier Reynders et Charles Michel, les deux pourraient toutefois être aussi complémentaires à Bruxelles, le premier à la Région, le second au fédéral?
Oui, il y a moyen de répartir les rôles par rapport aux électeurs. Ils sont complémentaires sur le plan électoral. Mais sur un plan politique individuel et dans le choix des postes que chacun doit occuper, il y a bien rivalité.
Le poste le plus prestigieux, c'est celui de Premier ministre et il ne sera occupé que par une personne. Mais s'ils tiennent compte de l'intérêt du parti, ils ont même intérêt à se présenter sur la même liste, celle qu'ils estiment la plus significative, de manière à montrer que la machine MR est une machine gagnante, collective.
Stratégiquement, n'est-il pas préférable pour le MR que Didier Reynders mène la liste à la Région en vue de récréer une alliance avec Défi, le parti d'Olivier Maingain, qui s'entendait bien avec Didier Reynders quand ils ne formaient qu'un parti?
Oui, c'est vrai et c'est l'argument qui sera utilisé par les gens autour de Charles Michel. Mais en même temps, en termes d'alliance politique, n'importe quel politique est capable de faire la paix avec n'importe quel adversaire. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des tensions qu'une alliance est impossible.
Le métier d'homme politique, c'est la gestion des conflits. Gérer les conflits, ça veut dire savoir créer des conflits et se mettre en ordre de bataille pour gérer des conflits mais c'est aussi à un moment donné s'asseoir à table avec les gens contre lesquels on vient de se battre, faire la paix des braves et signer un traité de paix.
