Dépister le cancer du poumon chez les (ex-) fumeurs : bientôt une réalité en Belgique ?
Alors qu'il est le plus meurtrier, le cancer du poumon n'est pas dépisté en Belgique. Mais des recherches sont en cours.

- Publié le 02-02-2025 à 09h00
- Mis à jour le 21-02-2025 à 11h05

Le cancer du poumon fera-t-il bientôt l'objet d'un dépistage chez les personnes à haut risque en Belgique ? Actuellement, seuls les cancers colorectal, du col de l'utérus et du sein sont dépistés de manière systématique sur la population à risque. Mais une étude en cours dans la région d'Anvers pourrait changer la donne.
Un test autour d'Anvers
Soutenue par la Fondation contre le cancer, l'étude Zoralcs cherche à "peaufiner, au niveau pratique, comment mener un dépistage précoce des personnes à haut risque de cancer du poumon", explique Véronique Le Ray, directrice de la Fondation. Depuis le 1er janvier 2025, les habitants de six communes périphériques d'Anvers qui sont (ex-) fumeurs et âgés de 55 à 74 ans peuvent donc bénéficier gratuitement d'un dépistage des poumons par tomodensitométrie à faible dose (LDCT).
Objectif : évaluer l'efficacité de ce dépistage à petite échelle, en observant notamment si la population ciblée répond à l'appel, avant d'envisager d'aller plus loin. "Que ce soit la Fondation, les politiques ou les pneumologues, on attend ces résultats pour voir s'il faut organiser un dépistage, et comment l'organiser", souligne Véronique Le Ray. La Belgique n'est pas pionnière en la matière. Sous l'impulsion du Conseil de l'Union européenne, plusieurs pays européens dépistent déjà le cancer du poumon. Depuis cet été, la France mène également un projet pilote.
Près de 9000 nouveaux cas par an
L'idée peut paraître sensée lorsqu'on sait que ce cancer, qui touche surtout les (ex-) fumeurs, est le troisième le plus fréquent en Belgique (9410 nouveaux cas en 2022 selon la Fondation Registre du cancer), derrière les cancers de la prostate (12 699) et du sein (11 302). Mais aussi le plus meurtrier, avec 5716 décès en 2021.
Plusieurs études ont en outre démontré que le fait de dépister le cancer du poumon à un stade précoce réduisait significativement sa mortalité. "Cela permet d'abaisser la mortalité par cancer du poumon de 21 % et la mortalité générale de 5 % chez les personnes qui y participent", relevait d'ailleurs il y a quelques mois une étude du Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE). En Belgique, faire passer trois tours de dépistage à 1000 personnes à haut risque permettrait ainsi de sauver trois vies dix ans plus tard.
L'institut fédéral de recherche nuançait toutefois, en soulignant des risques de faux positifs, de surdiagnostics et de mise en évidence d'autres problèmes de santé entraînant des examens complémentaires et potentiellement invasifs. "Il faut aussi un certain niveau de participation avant de pouvoir considérer un programme comme étant bénéfique", note Mattias Neyt, économiste de la santé au KCE. Et c'est là que réside tout l'intérêt de l'étude Zoralcs, dont les résultats devraient tomber entre début 2026 et début 2027.
Une mesure trop coûteuse ?
Un autre élément entre en ligne de compte : le rapport coût-efficacité d'un éventuel dépistage. "On compare le coût du dépistage du cancer du poumon à l'absence de dépistage, et on exprime cela sous forme d'un rapport, pointe Mattias Neyt. En Belgique, il n'existe pas de seuil strict au-delà duquel un programme est jugé trop coûteux ou en deçà duquel il est accepté. Cependant, il existe des références implicites utilisées par les décideurs politiques."
Dans son rapport, le KCE concluait que "le dépistage du cancer du poumon peut être coût-efficace si les autorités sont prêtes à débourser un montant de plus de 20 000 € pour le gain d'une année de vie en bonne santé (jusqu'à 30 000 €)". Des choix budgétaires seront donc à poser. Ils reviendront aux gouvernements régionaux, compétents en matière de prévention dans le domaine de la santé. "La question est de savoir : est-ce acceptable (ce coût de 20 000 à 30 000 € par année de vie saine gagnée) ? Et pouvons-nous nous le permettre avec notre budget ?", explique Mattias Neyt.
Selon Véronique Le Ray, la réponse est positive. "Au niveau de la santé, on a un maximum à ne pas dépasser qui est de 30 000 €. Le dépistage du cancer du poumon chez les personnes à risque élevé est donc coût-efficace, car il permet un diagnostic beaucoup plus précoce, ce qui entraîne des traitements moins lourds, une survie plus élevée et moins d'incapacité de travail." Si l'étude Zoralcs démontre que le dépistage fonctionne, la Fondation contre le cancer a donc bon espoir qu'il entre en vigueur dans les trois Régions "d'ici quelques années".
Le ministre wallon de la Santé Yves Coppieters (Les Engagés) tempère néanmoins, estimant que les connaissances actuelles ne justifient pas la mise en place d'un dépistage généralisé du cancer du poumon à destination, par exemple, des (ex-) fumeurs. Selon lui, "il faut un diagnostic précoce des personnes à risque, sans pour autant qu'il y ait un programme de dépistage (à l'échelle de la population). En fonction de l'évolution des thérapeutiques, et du gain en espérance de vie, on pourra bien sûr évoluer vers des programmes plus généralisés. Il faudrait aussi être beaucoup plus discriminant dans les facteurs de risque." Une telle mesure n'est donc pas pour demain.
