Au procès de Nicolas Ullens, ses proches témoignent et évoquent des années de tensions familiales: "On a dû vraiment pousser mon frère à bout…"
"Être l'enfant de Guy Ullens est un métier dangereux", a affirmé mardi un des frères de l'accusé Nicolas Ullens, qualifiant leur père de "handicapé émotionnel".
- Publié le 29-09-2026 à 21h28
- Mis à jour le 30-09-2026 à 06h35

Les membres de la famille Ullens se sont succédé jusqu'au-delà de 19 h, mardi devant la cour d'assises du Brabant wallon. Sans vraiment de voix discordantes: tous ont affirmé ne pas cautionner le geste irréparable commis par Nicolas Ullens le 29 mars 2023, n'avoir jamais pensé que l'accusé basculerait dans la violence en tuant sa belle-mère, tout en disant comprendre qu'il ait été poussé à bout après des années de frustration.
"Être l'enfant de Guy Ullens est un métier dangereux"
Philippe, le frère aîné de l'accusé, a commencé son témoignage en expliquant aux jurés que son père, le baron Guy Ullens donc, était un de ces hommes qui possède un quotient intellectuel très élevé, et un "quotient émotionnel très faible".
C'est un des éléments qui l'a conduit à 15 ans de psychanalyse. Et d'expliquer qu'il avait neuf ans de plus de Nicolas, et qu'ils ont passé beaucoup de temps ensemble au point qu'en poussant un peu, il pouvait le considérer comme l'aîné de ses enfants.
"Mon père était aux abonnés absents et ma mère était déprimée d'avoir fait quatre enfants avec un gars qui n'était jamais là, a glissé le témoin. Après le mariage de Nicolas, je l'ai entendu dire qu'il avait maintenant rempli ses obligations, et qu'il allait à présent vivre sa vie. Mon père était un handicapé émotionnel. On a du mal à imaginer le manque de sentiments de quelqu'un comme ça. Être l'enfant de Guy Ullens est un métier dangereux. Je pense qu'il voyait les humains comme des objets, comme des outils. Sa relation avec Myriam (Lechien) était une relation de complices: ils avaient des profils très similaires…"
Une famille qui accuse Myriam Lechien d'avoir éloigné les enfants
Parce que pour les enfants de la "branche" Ullens, il ne fait aucun doute que "Mimi", contrairement à ce qu'ont répété les membres de l'autre camp depuis le début du procès, faisait obstacle au rétablissement des relations entre les enfants et leur père. En manipulant son mari au besoin.
Ne pouvant témoigner mardi devant la cour d'assises vu son état de santé très fragile, la sœur de Nicolas Ullens a fait parvenir une lettre que son ex-mari a lue à l'audience. Elle y précise que Guy Ullens, avant de mourir, avait pardonné à Nicolas, et qu'il avait pris conscience du rôle négatif joué par son épouse et certains membres de son personnel de maison.
Me Laurent Kennes, l'avocat des enfants de Myriam Lechien, n'a pas laissé passer. Dans un commentaire indigné une fois le témoignage terminé, il s'est dit "sidéré" qu'on mette ce genre de paroles dans la bouche d'une personne décédée, et dont tout le monde a dit depuis le début du procès qu'il était extrêmement amoureux de sa femme.
Philippe Ullens, lui, a raconté aux jurés que la "phrase magique" de Myriam Lechien était de demander à Guy de la protéger contre ses enfants, en prétendant que ceux-ci étaient méchants avec elle.
Et de révéler que trois jours après le drame, Guy Ullens l'avait appelé pour lui poser une question révélatrice: "Qui est responsable de ce massacre ? Nico ou moi ?"
Yves Ullens, l'autre frère de l'accusé, a expliqué à la cour qu'il avait tenté durant des années de garder de bons contacts avec le nouveau couple formé par son père et Myriam Lechien. Il participait à certains voyages, tout en constatant qu'il était devenu un"enfant de deuxième classe". Jusqu'en 2008 où, pour un motif banal, sa belle-mère lui avait"donné son C4". Et à partir de ce moment-là, il ne parvenait même plus à joindre son père par téléphone.
Le président Delcour lui a demandé quel regard il portait sur les faits du 29 mars 2023. "Mon frère est paisible, jovial, il a des amis partout, a répondu le témoin. C'est quelqu'un de convivial, et d'extrêmement gentil. Quand j'ai appris ce qui s'est passé, je ne pouvais pas comprendre ce geste. Encore aujourd'hui, je ne comprends pas. On a dû vraiment, vraiment, le pousser à bout. Ce n'est tellement pas lui !"
"Une certaine forme de compréhension"
Petits-enfants et cousins sont restés sur la même ligne durant tout l'après-midi. Ils ont décrit l'accusé comme quelqu'un d'attaché à sa famille, et qui a beaucoup souffert des liens rompus avec son père alors qu'ils étaient extrêmement complices avant l'arrivée de Myriam Lechien.
Frustré aussi de voir que la fortune familiale était allègrement dépensée ? "On ne peut pas nier que l'argent a joué un rôle, a concédé une nièce de l'accusé. Mais pour moi, c'est surtout le désamour. On ne cautionne pas l'acte, mais après 25 ans de souffrance, on peut avoir une certaine forme de compréhension…"

