Que peut espérer Jarno Widar au Tour de Lombardie après sa première victoire chez les pros ? "Un podium est possible"
Après son premier succès professionnel, Jarno Widar aborde le Tour de Lombardie avec confiance. Son manager Kurt Van de Wouwer décrypte sa progression et ses ambitions pour 2027.
- Publié le 08-10-2026 à 07h40

Comme un grand. Mardi, aux Trois Vallées Varésines, Jarno Widar l'a jouée en roublard, laissant un petit trou derrière Tom Pidcock et Matteo Jorgenson alors que le peloton revenait. Puis il a pris de la vitesse et réglé deux pointures pour décrocher sa première victoire professionnelle. Avec sang-froid mais pas sans émotion.
À 20 ans, le Limbourgeois donne du poids aux espoirs placés en lui. De quoi regarder la suite avec appétit, à commencer par la Lombardie, samedi. Avant la Classique des feuilles mortes, trois questions sur le talent belge.
1. Où en étaient Evenepoel et Pogacar à son âge ?
Dans un cyclisme où les prodiges brûlent les étapes, ouvrir son compteur à presque 21 ans paraît presque tardif. Widar les fêtera le 13 novembre. Avant cet anniversaire, Remco Evenepoel avait déjà remporté la Clasica San Sebastian, le titre européen du chrono et les généraux de San Juan, de l'Algarve, de Burgos et du Tour de Pologne.
Tadej Pogacar avait gagné l'Algarve et le Tour de Californie, puis terminé troisième de la Vuelta 2019 avec trois étapes en poche, juste avant ses 21 ans.
On peut aussi pousser la comparaison jusqu'à Paul Seixas, qui vient seulement d'en avoir 20, et compte déjà sept victoires professionnelles, dont le Tour du Pays basque et la Flèche wallonne. Il y a un an, le Français et Widar se disputaient encore le Tour de l'Avenir : Seixas avait remporté le général devant le Belge, vainqueur de deux étapes. Depuis, leurs trajectoires ont divergé.
En termes de précocité, Widar est clairement derrière ces phénomènes. Mais sa première saison chez les grands a été une course d'obstacles. Malade en début d'année, il s'est ensuite blessé au genou lors d'une chute à l'entraînement avant le Pays basque.
"Cela ne pouvait pas tomber plus mal, juste avant les classiques wallonnes. Tout le programme a changé, explique Kurt Van de Wouwer, le manager sportif de Lotto-Intermarché. Avec son talent, nous sommes convaincus que nous aurions pu voir plus tôt des choses comme celles de mardi."
Son retour au Tour de Suisse avait rassuré, avec une quatrième place lors de la dernière étape remportée par Pogacar. Mais une nouvelle maladie a perturbé sa préparation de la Vuelta et provoqué son abandon à Burgos. Il a fallu patienter. "Avec un tel talent, les attentes des supporters et de la presse sont parfois tellement élevées que ce n'est pas idéal."
2. Peut-on le placer parmi les favoris du Tour de Lombardie ?
Battre Pidcock et Jorgenson donne des idées. Et Van de Wouwer ne freine pas les ambitions de son coureur : "Si tout va bien, il a le top 10 dans les jambes. Et le podium est possible."
Samedi, Widar découvrira pourtant une autre dimension : un Monument où il faudra conserver des jambes après une longue journée d'usure (239km, 4 600 mètres de dénivelé positif). "Ce n'est pas seulement un garçon explosif qui sait finir une course. Il sait aussi résister, il a de l'endurance."
Sa première Vuelta a contribué à construire ce moteur. Lotto-Intermarché lui avait laissé de la liberté, sans lui imposer un général à défendre. "L'objectif était de faire trois semaines et de choisir quelques étapes. Cette expérience lui a fait du bien physiquement, mais aussi mentalement. Répéter les efforts pendant trois semaines, c'est un autre monde."
Mardi, Widar a aussi montré une arme précieuse pour les arrivées en petit comité. "Il n'y a pas beaucoup de coureurs de son gabarit capables de sprinter comme cela. Cela lui servira beaucoup à l'avenir."
Son calme a tout autant marqué son manager. "Un jeune qui n'a pas encore gagné pourrait devenir nerveux et partir trop tôt. Lui a pris le risque d'attendre. Cela montre qu'il est un gagneur." Avec de l'instinct.
3. Que va-t-il viser en 2027 ?
Le calendrier attendra. Lotto-Intermarché veut encore affiner les grandes lignes avec Widar avant de les dévoiler. Les ambitions, elles, se précisent.
D'abord, pouvoir enchaîner. "Il faut éviter les gros problèmes et les grosses chutes." Ensuite, réussir son printemps, avec les classiques comme priorité et notamment un rendez-vous taillé pour son punch : la Flèche wallonne.
"Faire une bonne classique sera un premier grand objectif. Le Mur de Huy lui convient. Il faudra notamment être bien placé au pied, au bon moment."
Une étape dans un grand tour (peut-être la Grande Boucle…) fait aussi partie des objectifs évoqués. Le général sur trois semaines attendra : "Nous ne voulons pas encore parler de cela." Sur une semaine, la porte est ouverte. "Quand le classement se joue sur une ou deux étapes de montagne, ce sont déjà des courses qui lui conviennent bien pour viser un général."
Cela tombe bien : Widar terminera sa saison au Tour du Guangxi, du 13 au 18 octobre. Une épreuve qui pourrait lui convenir. Avec une première victoire sur une course par étapes World Tour dans la musette avant 2027 ? Ce serait idéal pour prendre encore un peu plus son envol. Comme un grand.
